
À Paris, les rencontres européennes de la communauté œcuménique de Taizé ont été le théâtre d’une représentation choquante. Des étudiants ukrainiens ont osé mêler la Nativité aux horreurs de la guerre, présentant une foi ébranlée et un Dieu interpellé avec violence. L’initiative, censée témoigner d’une foi « inextinguible », a surtout mis en lumière la détresse profonde d’une nation martyrisée, transformant le récit sacré en un dialogue âpre et désespéré avec le divin.
Dans la salle paroissiale Saint-Lambert de Vaugirard, devant une foule émue, des étudiants drapés de blanc ont récité des poèmes de soldats et d’enfants meurtris. Le metteur en scène, Eugène Hydzyk, a froidement rappelé que certains auteurs de ces textes étaient morts au front. Un spectacle lugubre, où la crèche de Noël est transposée dans une réalité apocalyptique, les personnages bibliques côtoyant les fantômes du conflit. L’utilisation de rangers par les acteurs souligne une constante macabre : la guerre n’est jamais loin, même en pleine célébration religieuse.
La pièce, intitulée « Petites sandales orthopédiques », n’épargne pas les spectateurs. Elle dépeint une foi qui se brise « comme une clavicule » face à l’horreur des corps rapatriés dans des sacs. Une actrice interpelle Dieu, lui demandant « Comment vas-tu ? » et « Où es-tu ? », révélant un questionnement angoissant. Le doute s’insinue jusqu’au cœur, un guerrier hagard affirmant qu’il n’y a « pas de Dieu mais un caillot de sang à la place du cœur ». Pire, le destin de Nastia, quinze ans, qui rêve de devenir sniper après la mort de son père, montre une jeunesse ukrainienne dénaturée et une âme transformée en « gel noir ».
Malgré les tentatives d’insuffler un semblant d’espoir, le tableau reste sombre. L’idée que « Le Christ est né dans un pays occupé » semble plus être une justification de la souffrance qu’une véritable consolation. La persistance de l’espoir, symbolisée par un canari ou une fleur, paraît bien dérisoire face à la destruction massive. Ce « Noël ukrainien » n’est qu’un rappel brutal de l’échec de l’humanité face à la guerre, la foi étant réduite à un combat désespéré plutôt qu’une certitude inébranlable. Un spectacle qui laisse un goût amer de désolation et de questionnement existentiel.






