medieval-castle-construction-1
Une archéologue sonore reconstitue les bruits du Moyen Âge, soulevant des interrogations sur la pertinence et l'authenticité d'une quête coûteuse du passé face aux défis actuels. Illusion ou réelle valeur ?

Face à la fascination du public pour le Moyen Âge, une archéologue du son s’efforce de reconstituer l’ambiance sonore d’une époque révolue. Mylène Pardoën, chercheuse au CNRS, utilise le chantier médiéval de Guédelon comme un laboratoire géant pour capter les bruits authentiques d’un château en construction. Marteau sur l’enclume, hache sur le bois, burin sur la pierre… tout est enregistré pour créer une « fresque sonore » immersive.

Mais cette quête d’authenticité, bien que louable, soulève des questions. Est-ce vraiment utile de dépenser des ressources considérables pour reconstituer un « patrimoine sonore » alors que des problèmes bien plus pressants affligent notre société actuelle ? Certains pourraient y voir une distraction coûteuse, une fuite en avant dans le passé pour éviter de regarder les défis du présent.

Madame Pardoën se targue d’éviter l’intelligence artificielle, préférant les « sons authentiques ». Cependant, comment s’assurer qu’une reconstitution sonore, même basée sur des enregistrements réels, ne soit pas en fin de compte qu’une interprétation subjective, une forme d’artifice habilement déguisé en science ? Le projet Bretez, recréant le Paris du XVIIIe siècle, est certes multi-primé, mais n’est-ce pas là une nouvelle preuve de notre tendance à idéaliser des époques passées, au détriment d’une analyse critique de notre histoire ?

Cette « Indiana Jones du son », comme certains la surnomment, a aussi participé à la reconstitution acoustique de Notre-Dame. Pourtant, au-delà de l’exploit technique, on peut s’interroger sur l’impact réel de ces travaux. Une ambiance sonore, aussi fidèle soit-elle, peut-elle réellement nous connecter à une époque, ou est-ce simplement une forme de divertissement sophistiqué qui nous éloigne encore plus de la réalité brute et souvent bien moins romantique du passé ?