
Une application au nom glaçant, «Êtes-vous mort ?» (Sili Me), truste la tête des téléchargements en Chine, illustrant une crise sociale profonde. Lancée en octobre 2025 et rapidement devenue payante, cette solution macabre exige des utilisateurs qu’ils valident quotidiennement une notification. L’absence de réponse pendant deux jours déclenche un email d’alerte à un contact d’urgence désigné, une mesure désespérée face à une solitude grandissante.
Cette initiative, bien que jugée morbide, met en lumière une réalité démographique brutale. La Chine devrait compter près de 200 millions de ménages d’une seule personne d’ici 2030, soit 30% du total, selon des études officielles. Ce phénomène est alimenté par la baisse de la natalité, l’allongement de l’espérance de vie, le déclin des mariages et l’augmentation des divorces. Les jeunes actifs, notamment les femmes d’une vingtaine d’années, sont les premières cibles de cette application, craignant de mourir dans l’indifférence générale.
Le succès de «Sili Me» n’est pas qu’une simple anecdote technologique ; il est le symptôme d’un malaise existentiel. Des internautes expriment ouvertement leur peur de mourir seuls, sans que personne ne le sache. Wilson Hou, 38 ans, séparé de sa famille, témoigne de cette angoisse : «Si quelque chose devait m’arriver, j’ai peur de mourir seul dans l’appartement que je loue et que personne ne le sache». L’anthropologue Biao Xiang y voit une manifestation du pessimisme des jeunes Chinois face à une économie en berne et un marché du travail impitoyable, faisant écho à des tendances passées de résignation comme le «tang ping» ou le «bailan».
Malgré le nom sinistre, que ses créateurs envisagent de changer pour «êtes-vous vivant ?», cette application est une sonnette d’alarme. Elle révèle les failles d’une société où le lien social se fragilise, où l’isolement des personnes âgées dans les zones rurales, abandonnées par leurs enfants partis en ville, est un drame silencieux. L’idée de lancer une version spécifiquement pour les seniors souligne l’ampleur du problème, pointant du doigt l’échec collectif à maintenir la cohésion sociale face aux évolutions démographiques et économiques.






