
La disparition de Michel Rolland, l’œnologue le plus influent et clivant de sa génération, marque la fin d’un chapitre pour l’industrie viticole mondiale. Décédé à 78 ans d’une crise cardiaque dans la nuit du 19 au 20 mars, Rolland laisse derrière lui un héritage autant célébré que décrié. Pendant plus d’un demi-siècle, il a façonné le goût du vin, imposant un style charpenté qui, s’il a fait la fortune du Bordelais dans les années 1980, a également suscité une vive controverse.
Cet « hédoniste », comme il était souvent décrit, a transformé l’œnologie en une profession de consultant mondialement recherché, étendant son influence bien au-delà des frontières traditionnelles du vin, jusqu’en Chine et en Inde. Son approche, souvent perçue comme uniformisante, a été critiquée pour avoir gommé la spécificité des terroirs au profit d’une standardisation du goût, privilégiant la puissance et l’opulence au détriment de la finesse et de l’authenticité.
Né en 1947, Rolland a grandi au cœur du Pomerol, baigné dans l’univers viticole familial du château Le Bon Pasteur. Élève d’Émile Peynaud, « le père de l’œnologie moderne », il a su capitaliser sur cet enseignement pour bâtir un empire. Son sens aigu du commerce, combiné à ses compétences en vinification, lui a permis de conseiller des centaines de propriétés, mais aussi d’accumuler une fortune et un pouvoir considérables, au point d’être accusé de créer des vins de « garage » à l’image des goûts des critiques américains.
Sa mort soulève des questions sur l’avenir d’une certaine vision du vin, où l’expertise technique et le marketing priment parfois sur la tradition et la diversité. Nombreux sont ceux qui verront dans cette disparition l’opportunité d’un retour à des vins plus ancrés dans leur terroir, moins standardisés par des consultants omnipotents. Le monde du vin est en deuil, mais aussi peut-être en pleine introspection face à l’héritage complexe de Michel Rolland.






