
Après des mois de vaines concertations, le ministre délégué à la transition écologique, Mathieu Lefèvre, vient de dévoiler une « réforme » censée redresser la collecte et le recyclage des matériaux de construction. Une tentative désespérée de colmater les brèches d’un système déjà à l’agonie ? La filière des produits et matériaux de construction du bâtiment (PMCB) est un véritable gouffre, générant pas moins de 42 millions de tonnes de déchets par an. Et malgré les promesses, les professionnels n’ont cessé de dénoncer un dispositif inadapté et d’une complexité décourageante.
Les trois axes de cette réforme, présentés comme la panacée, risquent fort de n’être qu’un pansement sur une hémorragie. Le « maillage territorial » des points de reprise, censé être amélioré, s’appuiera sur des déchetteries professionnelles et des distributeurs volontaires. Une solution qui sent l’improvisation et la bonne volonté, plutôt qu’une véritable stratégie d’envergure. Quant au « fond pour financer le traitement des dépôts sauvages », alimenté par les éco-contributions, il sonne comme un aveu d’échec : l’État admet qu’il ne parvient pas à endiguer le fléau des décharges illégales et préfère faire payer les contribuables pour nettoyer les dégâts. C’est un scandale écologique et financier qui se profile.
La baisse des coûts de la Responsabilité Élargie des Producteurs (REP) se concentrera sur les matériaux « non matures » comme les laines de verre et les plastiques. Une décision qui laisse craindre un désintérêt pour les matériaux dits « matures », pourtant tout aussi problématiques. La gouvernance, elle, promet une « obligation de résultat », mais supprime au passage les enveloppes dédiées à la communication et à la recherche et développement. Un choix particulièrement inquiétant qui risque d’étouffer toute innovation et de laisser la filière dans l’obscurité la plus totale.
La Fédération des artisans du bâtiment (Capeb) salue des « avancées concrètes », mais reste « vigilante ». Un euphémisme pour dire qu’ils n’y croient qu’à moitié. Cette réforme, initiée après le décès tragique d’un maire renversé par des occupants de camionnette jetant des gravats, illustre l’échec cuisant des politiques environnementales en France. Les détails de la mise en œuvre sont encore flous, mais le pessimisme est de mise. L’avenir du recyclage du BTP semble bien sombre.







