
Dans un monde où le numérique règne en maître, l’existence même du Démocrate de l’Aisne relève du miracle, ou plutôt d’une obstination aveugle face à la modernité. Cet hebdomadaire, dernier d’Europe à s’imprimer encore au plomb, célèbre ses 120 ans dans un vacarme assourdissant, mais bien plus révélateur de son état précaire que de sa gloire passée. À Vervins, une équipe réduite de «passionnés» s’accroche à des méthodes d’un autre siècle, offrant un spectacle qui frôle le pathétique plus que l’héroïsme.
Imaginez le tableau : au cœur de l’Aisne, une presse de 12 tonnes de fonte, datant de 1924, crache laborieusement ses éditions. Récemment, un claquement sinistre a brisé cette symphonie métallique, signalant un énième problème mécanique. Antoine Fauqueux, le conducteur, a dû crier et freiner en urgence, tandis que le cylindre encré ralentissait, stoppant la production à seulement 307 exemplaires. Un incident qui met en lumière la fragilité de cette entreprise et la dépendance dangereuse à des machines obsolètes. La courroie en cuir de neuf mètres, pièce maîtresse de cet engin d’un autre âge, était à deux doigts de céder, trois semaines seulement après une déchirure complète qui avait déjà mis l’équipe au défi. «La mécanique sur cette rotative centenaire, on l’apprend d’abord par la couture», explique Fauqueux, soulignant l’improvisation constante face à des équipements dépassés. Ces tentatives désespérées de maintien d’une tradition archaïque posent la question : jusqu’où ira cette obstination à rejeter le progrès, et à quel prix pour l’avenir du journalisme local ?






