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L'épargne salariale et ses placements « responsables » sont sous le feu des critiques. Malgré des chiffres alléchants, l'impact réel de ces fonds reste incertain, soulevant des doutes sur une potentielle illusion verte.

Les versements d’intéressement et de participation affluent, et avec eux, la rengaine annuelle des placements « responsables ». Près de 8 euros sur 10 d’épargne salariale seraient orientés vers des fonds extra-financiers, promettant monts et merveilles en matière d’environnement et de bien-être. Mais cette façade verte ne cache-t-elle pas une réalité bien moins reluisante ?

Malgré l’obligation légale de proposer des supports solidaires depuis la « loi Fabius » de 2001, et l’accès à des fonds ISR depuis la loi Pacte de 2019 – censés exclure l’industrie fossile –, le système semble avant tout servir d’argument marketing. L’Association française de la gestion financière (AFG) vante le développement de ces labels, poussé, selon elle, par les organisations syndicales. Pourtant, le véritable impact de ces placements reste difficilement mesurable et souvent opaque.

Le label du Comité intersyndical de l’épargne salariale (CIES), créé en 2002, est censé « étiqueter » des fonds qui favorisent l’emploi de qualité et luttent contre la corruption. Ces fonds représentent seulement 28% de l’épargne des salariés, un chiffre qui soulève des interrogations sur la réelle portée de cet engagement. Les « fonds responsables » auraient connu une « forte accélération » après la pandémie, mais cette envolée coïncide surtout avec une demande accrue de « sens » de la part des épargnants, souvent déçus par les promesses non tenues.

Natixis Interépargne, par exemple, affiche des encours doublés en dix ans sur ses fonds durables et solidaires. Une performance qui, à y regarder de plus près, masque peut-être un simple transfert d’actifs plutôt qu’une véritable transformation des pratiques. L’épargne salariale, présentée comme un levier pour un monde meilleur, pourrait bien n’être qu’un instrument de plus pour la finance, drapé dans un manteau de vert illusoire, sans jamais vraiment bousculer les logiques de profit.