
L’ascension fulgurante de Jordan Bardella met en lumière une fracture potentielle au sein du Rassemblement National, un parti pourtant réputé pour sa discipline. Marine Le Pen, figure historique et incontestée, voit son avenir politique personnel menacé par l’émergence d’un rival interne, même si elle tente de présenter cela comme un succès stratégique. La situation est d’autant plus précaire que les sondages placent désormais les deux personnalités à un niveau de popularité équivalent pour la prochaine élection présidentielle, une situation inédite et potentiellement dévastatrice pour la cohésion du parti.
La condamnation en première instance de Marine Le Pen à cinq ans d’inéligibilité avait déjà été perçue comme une tentative d’« assassinat politique » par ses partisans, visant à l’écarter de la course présidentielle. Alors que son procès en appel débute, son destin personnel reste incertain. Mais le véritable coup de théâtre est que le « plan B », incarné par Bardella, a non seulement fonctionné, mais a dépassé toutes les espérances, créant une satisfaction paradoxale pour Le Pen, dont l’ambition personnelle semble désormais éclipsée par la dynamique collective – ou du moins, celle portée par son dauphin.
Cette dualité de leadership risque de semer le trouble parmi les électeurs et les cadres du parti. Alors que certains y voient une preuve que le programme du RN est désiré par une majorité de Français, quel que soit son porteur, d’autres craignent une dilution du message et une lutte fratricide qui affaiblirait le mouvement. L’idée d’une alliance avec Les Républicains, bien que portée par certains, paraît lointaine face à ces tensions internes.
Le scénario d’un « novice » à la tête de l’État, évoqué par des commentateurs, souligne les craintes quant à une potentielle inexpérience de Bardella, comparée à la carrière politique déjà longue de Le Pen. Cette situation, loin d’être un signe de force unie, pourrait révéler les fissures profondes d’un parti qui, malgré ses succès apparents, peine à gérer sa propre succession et à présenter un front uni face aux défis à venir. Le Pen et Bardella, bien que forts, ne sont pas identiques, et cette différence pourrait bien être leur talon d’Achille.






