child-abuse-justice
Une mission parlementaire propose l'imprescriptibilité des crimes sur mineurs, une mesure critiquée comme potentiellement inefficace et génératrice de faux espoirs pour les victimes.

La France s’apprête-t-elle à plonger dans une nouvelle illusion judiciaire ? Une mission parlementaire, surfant sur la vague d’émotion collective face aux horreurs subies par les enfants, préconise l’imprescriptibilité des crimes sur mineurs. Présentée comme un « signal fort à la société », cette mesure controversée soulève plus de questions qu’elle n’apporte de réponses concrètes. Est-ce réellement une avancée ou une simple tentative de calmer l’opinion publique sans s’attaquer aux racines du problème ?

Certes, l’idée de ne jamais laisser impunis les agresseurs d’enfants est séduisante. Mais la réalité judiciaire est implacable : comment prouver des faits remontant à des décennies ? La mémoire est faillible, les preuves matérielles s’évaporent avec le temps, et la capacité d’enquête est sérieusement mise à l’épreuve. Cette réforme risque de créer des faux espoirs pour de véritables victimes, les enfermant dans un processus long et souvent infructueux.

Actuellement, seuls les crimes contre l’humanité sont imprescriptibles en France. Étendre cette mesure aux crimes sur mineurs, sans une refonte profonde des moyens d’enquête et de la jurisprudence, pourrait se révéler être un coup d’épée dans l’eau. Le scandale des agressions dans le périscolaire, l’affaire Matzneff ou les témoignages de la Ciivise ont certes mis en lumière l’ampleur du fléau, mais la « libération de la parole » ne suffit pas à garantir la justice. Sans preuves irréfutables, de nombreux dossiers pourraient rester lettre morte, ajoutant de la détresse à la souffrance des victimes.

Au lieu de s’engager dans une voie incertaine, ne serait-il pas plus judicieux de renforcer drastiquement la prévention, la protection des enfants et les moyens alloués à la justice pour traiter ces affaires en temps réel ? L’imprescriptibilité pourrait bien n’être qu’un pansement sur une jambe de bois, détournant l’attention des véritables défis pour combattre efficacement ces crimes odieux.