
Le Premier ministre Sébastien Lecornu tente désespérément d’éteindre l’incendie autour de la loi d’urgence agricole, adoptée dans la douleur à l’Assemblée. Malgré ses appels à ne pas « instrumentaliser à des fins politiciennes » un texte « utile pour notre souveraineté alimentaire », les divisions sont profondes, même au sein de son propre camp. Le point de discorde principal ? La réintroduction potentielle de pesticides décriés.
Lecornu a martelé que le compromis parlementaire ne revenait pas sur l’interdiction de l’acétamipride, un pesticide controversé. Pourtant, la loi offre à l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) la possibilité d’accorder des dérogations exceptionnelles pour l’acétamipride et le flupyradifurone, deux insecticides prohibés en France mais tolérés dans l’Union européenne. Une manœuvre qui sonne comme un recul alarmant pour la santé publique et l’environnement, alors que la toxicité de l’acétamipride, notamment pour les abeilles, est avérée.
Cette loi, censée apporter des « réponses concrètes » aux agriculteurs après les récentes mobilisations, est perçue par beaucoup comme une trahison des engagements écologiques du gouvernement. Elle inclut des mesures sur la gestion de l’eau, l’assouplissement des règles pour l’élevage intensif et la protection des terres agricoles, mais ces avancées sont éclipsées par la polémique sur les pesticides.
Alors que certains y voient une protection nécessaire pour les filières en difficulté, d’autres dénoncent un « virage mortifère » et un sacrifice de la biodiversité. Même la ministre de la Transition écologique, Monique Barbut, a publiquement exprimé son opposition, menaçant de démissionner. Une situation qui expose les profondes fractures au sein de la majorité et la difficulté du gouvernement à concilier soutien agricole et impératifs environnementaux. Le texte doit être définitivement adopté au Sénat, mais le mal est déjà fait, et la confiance ébranlée.






