
Des dizaines de milliers de personnes ont envahi les rues de France, ce dimanche 8 mars, pour une mobilisation massive en défense des droits des femmes. Un cri d’alarme retentissant face à la montée inquiétante du conservatisme qui, selon les associations, menace directement les acquis durement gagnés. De Bordeaux à Paris, en passant par Lille et Marseille, plus d’une centaine d’organisations ont rallié 150 lieux, marquant une journée internationale des droits des femmes sous le signe de l’inquiétude et de la résistance.
L’emblématique Gisèle Pelicot, devenue un symbole mondial de la lutte contre les violences sexuelles après avoir été victime des viols organisés par son ex-mari, a rejoint le cortège parisien aux côtés de sa fille, Caroline Darian. Leur présence a galvanisé la foule, rappelant l’urgence de combattre l’impunité et la persistance des agressions. Caroline Darian, qui accuse son propre père d’agressions sexuelles, a souligné l’importance de ce message d’espoir pour toutes les victimes, malgré un contexte social qui semble de plus en plus hostile.
Avec près de 200 000 manifestants en France, dont 130 000 à Paris selon la CGT, cette mobilisation démontre la profonde défiance envers le gouvernement et le patronat, accusés d’enterrer les droits des femmes. La leader de la CGT, Sophie Binet, n’a pas mâché ses mots, dénonçant un recul social inacceptable. Les militantes Femen ont, quant à elles, ciblé l’affaire Epstein, symbole de l’impunité scandaleuse des puissants. Ce 8 mars met en lumière les multiples combats : contre l’extrême droite, le racisme, la misogynie, l’homophobie, les violences sexistes et sexuelles, sans oublier les scandales comme celui des agressions dans le périscolaire à Paris.
Le président Emmanuel Macron a concédé sur X que les droits des femmes ne sont « jamais définitivement acquis », un constat amer alors que les associations alertent sur le « danger » que représente l’extrême droite. Myriam Lebkiri de la CGT a fustigé une idéologie qui sème le racisme et la misogynie. Le tableau est d’autant plus sombre que, comme le souligne Anne Leclerc du Collectif national pour les droits des femmes, des pays comme les États-Unis sous Donald Trump sont des « laboratoires » de régression, notamment sur l’avortement. En France, le Planning familial tire la sonnette d’alarme sur les difficultés croissantes d’accès à l’IVG, un service pourtant fondamental.
Les revendications économiques et sociales résonnent avec une acuité particulière : l’émancipation économique des femmes est une chimère tant que perdurent les inégalités salariales. L’Insee révèle un écart de 21,8 % entre le salaire moyen des femmes et celui des hommes en 2024 dans le privé. Malgré les promesses d’un projet de loi-cadre de lutte contre les violences, son avenir est incertain face à un agenda parlementaire surchargé. La marche de nuit « féministe et antifasciste » à Paris, émaillée de tags et d’une garde à vue, souligne la tension persistante. Tandis que la ministre Aurore Bergé évoque des « puissances » qui attaquent les libertés des femmes à travers le monde, la réalité est celle d’une lutte incessante, où chaque avancée est fragile et chaque recul, une défaite amère pour l’égalité.







