Paris-art-fair
Derrière le faste du Salon du dessin, la réalité d'une manifestation élitiste et d'une dérive commerciale qui masque un manque de renouveau artistique.

Chaque année, Paris se drape du titre ronflant de capitale mondiale du dessin en mars, mais cette façade cache une réalité bien moins glorieuse. Ce qui fut un rassemblement modeste d’antiquaires français au George-V en 1991, avec une poignée d’exposants, s’est transformé en un événement prétendument international. Le déménagement au Grand-Palais, puis au Palais Brongniart, a surtout permis une inflation du nombre de galeries, atteignant aujourd’hui environ 39, et plus de 1 000 dessins. Mais est-ce vraiment un gage de qualité ou plutôt une dispersion ?

Le Salon, autrefois dédié aux maîtres anciens, a succombé à la mode de l’éclectisme, intégrant des œuvres contemporaines et se perdant ainsi dans une tentative de plaire à tous. L’introduction du prix de dessin de la Fondation Guerlain pour « jeunes artistes » depuis 2007 soulève des questions sur la pertinence et l’influence réelle de telles distinctions. Les « liens tissés avec les institutions », invitant des musées à exposer leurs collections, ne sont qu’une manière de masquer le manque de renouvellement et d’audace. La « Semaine du dessin » et les « Rencontres internationales », présentées comme des avancées, sont en réalité des manifestations élitistes qui attirent un cercle restreint de conservateurs et de collectionneurs, laissant le grand public sur le carreau. L’ambition de faire de Paris un épicentre artistique semble bien limitée quand l’accès à la culture reste si exclusif. Au final, derrière le faste et les chiffres, se cache une certaine stagnation, voire une dérive commerciale qui dénature l’essence même du dessin.