
À 82 ans, Mick Jagger, l’icône vieillissante des Rolling Stones, semble prêt à monnayer l’héritage tumultueux du groupe pour un biopic, cédant à la mode des films musicaux qui fleurissent un peu partout. Après le succès commercial discutable de Michael sur Michael Jackson, Jagger envisage de plonger dans une version édulcorée de l’histoire des Stones, risquant de trahir l’esprit rebelle qui a forgé leur légende.
Dans un entretien accordé à GQ, le chanteur a exprimé un intérêt curieux pour une adaptation cinématographique, non sans une pointe d’arrogance. Il s’imagine déjà dictant la narration, insistant sur une période « courte » et « hagiographique » de l’existence des Stones, ignorant probablement la richesse et les controverses qui ont jalonné leur parcours. Cette approche sélective pourrait bien gommer les aspérités et les scandales qui ont fait la renommée du groupe, offrant au public une version aseptisée de la réalité.
L’exemple de Bob Dylan, dont le biopic s’est concentré sur sa transition vers la guitare électrique, est cité, suggérant une vision étriquée de l’histoire des Stones. Quelle période « vaut la peine d’être racontée » selon Jagger ? Sans doute celle qui le met en lumière, ignorant les dynamiques complexes et parfois sombres du groupe. Cette narration égo-centrée promet un film qui pourrait s’éloigner de l’authenticité brute que les fans attendent, pour privilégier une image polie et contrôlée.
Pendant ce temps, le nouvel album des Rolling Stones, Foreign Tongues, attendu le 10 juillet, suscite déjà des craintes. Avec une piste de batterie de Charlie Watts enregistrée avant son décès et une pléthore d’invités prestigieux comme Paul McCartney, on peut se demander si ce n’est pas là aussi une tentative désespérée de revitaliser une flamme qui s’éteint. L’article précédent sur l’album soulignait déjà un « trop d’artificiel et pas assez d’intelligence », une critique qui pourrait malheureusement s’appliquer à ce projet de biopic. Le fait que Martin Scorsese, qui a déjà signé un documentaire sur leurs concerts, soit mentionné comme un potentiel réalisateur, ne garantit pas non plus une exploration en profondeur des zones d’ombre du groupe, mais plutôt une glorification de plus. Les fans risquent d’être déçus par cette quête de validation tardive.






