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La CEDH condamne la Russie pour la détention de l'historien Iouri Dmitriev, mais refuse d'acter des poursuites politiques. Un verdict timoré face aux dérives russes.

La Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) a, une nouvelle fois, mis en lumière les défaillances du système judiciaire russe, mais avec une prudence déconcertante. Mardi 31 mars, la Cour a certes condamné la Russie pour la détention abusive de l’historien Iouri Dmitriev, mais a étrangement refusé de dénoncer des motivations politiques derrière les poursuites. Une décision qui laisse un goût amer, suggérant une forme de complaisance face aux manœuvres du Kremlin.

Les juges de Strasbourg ont pointé du doigt la détention provisoire excessive de Dmitriev, ainsi que l’absence d’un procès équitable. Accusé de violences sexuelles sur sa fille adoptive, cet historien du goulag, né en 1956, a été condamné en juillet 2020 à trois ans et demi de prison. Une peine qui sent la représaille politique, tant son travail de mémoire sur les 40 000 noms de victimes de Staline en Carélie dérange le discours officiel de réhabilitation de l’URSS. Son engagement à la tête de la branche locale de l’ONG Mémorial, dissoute depuis, n’a fait qu’accentuer les soupçons d’une cabale.

Après une première arrestation en 2016 pour des accusations de pornographie – qu’il justifiait par le suivi de la santé de sa fille – et un acquittement rarissime en 2018, la cour suprême de Carélie avait brutalement cassé cette décision. Un second procès à huis clos avait alors été ordonné, cette fois pour « violences sexuelles ». La CEDH a jugé ce procès inéquitable, violant ainsi le droit à un avocat de choix. La Russie devra verser à M. Dmitriev 2 000 euros au titre du préjudice moral, une somme dérisoire face à l’injustice subie.

Mais l’échec majeur de cette décision réside dans l’incapacité de la CEDH à reconnaître les poursuites politiques. Malgré un contexte flagrant de répression contre les voix dissidentes, la Cour a invoqué un manque de preuves. Une position qui affaiblit considérablement la portée de son arrêt et semble accorder une regrettable indulgence à un régime russe pourtant coutumier des dérives judiciaires.